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Source: ideas4development.org, Publication: Thu 07 May 2015

La corruption à rebours de l’intérêt économique !


La corruption à rebours de l’intérêt économique !


La corruption à rebours de l’intérêt économique !

Chaque année, au moins mille milliards de dollars s’échappent des pays les plus pauvres du monde du fait du blanchiment d’argent, de la fraude fiscale et de la corruption, selon le rapport de l’ONG ONE « Le Casse du Siècle ». La « bonne gouvernance », la transparence et la lutte contre la corruption sont des critères de plus en plus promus par les acteurs du développement. Pourquoi ? Entretien avec Nathalie Delapalme, directrice exécutive de la Fondation Mo Ibrahim.

Dans quelle mesure la lutte pour la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption sont-elles liées ?

Pour la Fondation Mo Ibrahim, la lutte contre la corruption constitue bien sûr un élément essentiel de la bonne gouvernance, mais ce n’est qu’une de ses composantes. La « gouvernance », telle qu’analysée par l’Indice Ibrahim pour chacun des pays du continent africain, correspond au panier commun de biens et services publics que tout gouvernement du XXIème siècle est tenu de mettre à disposition de ses concitoyens.

De fait, l’Indice Ibrahim de gouvernance en Afrique recouvre en réalité une centaine d’indicateurs, regroupés sous quatre piliers principaux : Sécurité et règle de droit,Participation et droits de l’homme, Développement humain, et Perspectives économiques durables. Une dizaine de ces indicateurs  relève plus spécifiquement de la lutte contre la corruption – ou plus généralement de ce que les anglo-saxons appellentl’accountability – qui recouvre notamment la transparence des contrats et des administrations, la corruptibilité des agents publics…

 

Les partenaires économiques de l’Afrique se sont diversifiés avec l’émergence de nouvelles puissances économiques (la Chine, l’Inde, le Brésil…). Est-ce que cette nouvelle donne économique a eu un impact sur la corruption en Afrique ?

La multiplication des partenaires sur le continent africain ces dernières années est un phénomène majeur. C’est sans doute une bonne chose pour la lutte contre la corruption. En effet, il en découle une concurrence accrue entre pays africains pour attirer les partenaires les plus intéressants pour eux. Or, la transparence du climat des affaires est incontestablement un avantage comparatif dans ce cadre.

Les pays africains mesurent désormais qu’ils attireront davantage de partenariats économiques fiables, robustes et durables, et donc à terme plus intéressants, s’ils mettent en place un climat qui permet de faire des affaires, de monter une entreprise, d’investir, dans un contexte économique sain, sans risque de corruption. Une forme de cercle vertueux semble donc bien se mettre en place.

 

Est-ce que la corruption est un frein au développement économique ?

La corruption est incontestablement un frein au développement car elle se traduit inévitablement par une perte de ressources globale, ou au minimum  leur mauvaise redistribution, ce qui empêche un développement équitable, qui seul garantit sa durabilité, voire celle du gouvernement qui la met en œuvre.

Rappelons aussi qu’il n’y pas de pays corrompus sans partenaires corrupteurs. Il ne faut donc jamais baisser la garde dans ce combat contre la corruption, mais il faut le mener sur tous les fronts, avec-ou contre- toutes les parties concernées.

Enfin, dans ce combat général contre la corruption, destructrice de ressources et d’équité, il y a un sujet fondamental sur lequel la Fondation Mo Ibrahim s’engage beaucoup, en amont même de la lutte sur la transparence des contrats, c’est la transparence des données. Il est indispensable  de renforcer la transparence des données pour un pays donné, connaître les données disponibles en matière de ressources géologiques ou foncières, savoir qui est propriétaire des sols. L’absence d’information, l’obscurité des données,  sont bien souvent le terreau de la corruption.Plus on disposera d’informations précises et robustes, moins il y aura de marge potentielle pour la corruption.

 

Quel rôle les bailleurs devraient avoir dans la lutte contre la corruption ?

Les politiques les plus convaincantes, et donc les plus durables, sont fondées sur un « intérêt pour agir ». Or il n’y a pas d’intérêt durable à la corruption. Il peut y avoir des profits de court terme, mais à long terme ce n’est jamais bon, y compris politiquement. Tout gouvernement qui veut se développer et jouer « dans la cour des grands » a intérêt à tout mettre en œuvre pour faire cesser les pratiques de corruption car c’est dans son intérêt et dans celui de ses concitoyens, c’est-à –dire de ses électeurs et donc dans le sien propre.

C’est pourquoi, il faut  dépasser la seule approche du « naming and shaming ». Au-delà d’une aide « conditionnée », il faut démontrer à nos partenaires africains qu’en s’alignant sur les standards internationaux et en respectant les règles, ils ont plus à gagner économiquement, pas seulement en termes d’octroi d’aide extérieure, mais en général.


Directrice exécutive de la Fondation Mo Ibrahim


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