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Source: lefaso.net, Publication: Tue 24 May 2016

Il faut agir pour sauver l’école burkinabè éprouvée


Il faut agir pour sauver l’école burkinabè éprouvée


Il faut agir pour sauver l’école burkinabè éprouvée

De la situation de la violence scolaire

Les comportements violents semblent être aujourd’hui la chose la mieux partagée dans les institutions scolaires au Burkina Faso. Les informations relayées par la presse et les acteurs de l’éducation font craindre le pire dans le milieu scolaire. Ce que l’histoire de la violence scolaire au Burkina Faso enseigne, c’est sa transformation : des railleries entre élèves, elle est devenue physique, violente et touche tous les acteurs. L’école burkinabè est-elle en train de se transformer en no man’s land ?

Des informations et mêmes des résultats de recherches montrent que la situation est bien critique. L’école est devenue un lieu qui fait peur aux différents acteurs de l’éducation notamment, les enseignants et le personnel administratif puisqu’ils sont les seuls qui ne soient pas protégés par les textes. L’école n’est plus ce havre de paix qui accueillent, sociabilisent et préparent des gens à des fonctions dans la société. L’école burkinabè est éprouvée. Le summum de la violence est atteint : à Nagaré dans la commune de Logobou, des élèves agressent leurs enseignants et déchirent le drapeau national ; à Ouahigouya, un élève assomme son professeur ; et dernièrement à Gounghin (dans le Kouritenga), des élèves incendient les engins de trois de leurs enseignants et éducateurs. La situation est grâce et s’explique à partir de plusieurs facteurs.

Essaie de diagnostic

La violence à l’école doit être analysée sous les prismes d’un problème social spécifique aux multiples sources et non sous le simple sceau la de délinquance juvénile. Les principales sources de ce problème sont :

L’État parce qu’il a crée « l’enfant roi ». Le trop d’amour pour l’enfant a amené l’État à produire des textes scolaires qui donnent tout le pouvoir à l’élève. Avec l’actuelle loi scolaire, les élèves au Burkina Faso se croient aujourd’hui tout permis, même « chicoter » leurs éducateurs. Ils ont peut-être raison car L’État leur a montré qu’ils sont des intouchables et l’enseignant n’a aucune autorité sur eux. Dans cette situation, au nom de quoi l’éducateur pose-t-il des interdits ? Au nom de quoi contraint-il ? Vouloir jouer son rôle d’éducateur l’expose à des poursuites judiciaires. L’aspect moral de l’éducation a donc été supprimé par les textes protecteurs de l’État. La violence scolaire ne peut donc être perçue que comme une absence d’intériorisation d’une conscience morale que l’État a contribué à saper. L’absence de la figure de père dans les situations éducatives fait que l’enfant se retrouve sans repère et fait face à une loi défaillante. C’est donc normal qu’il confonde l’espace du possible laissé par une loi en panne d’inspiration avec l’affirmation de soi.

Il faut rappeler que l’État sous le fallacieux argument de recherche de cohésion sociale a contribué à rendre inapplicables les règlements intérieurs au sein des différents établissements. Situation qui donne l’impression aux élèves que l’école fonctionne sans règles et par conséquent tout est autorisé.

Les parents d’élèves ont eux aussi trop compris les droits de l’enfant. Du développement de la violence à l’école, on ne peut pas ne pas voir le défaut de socialisation des enfants. À parler franc, les parents ne sont pas tellement prêts à élever leurs enfants. Quand on essaie de rechercher les causes de la violence scolaire, le fil conduit à la famille. C’est elle qui est laxiste, qui a démissionné et qui fait croire à l’enfant qu’il peut tout faire sans sanction. Le paradoxe burkinabè est que les familles demandent une école « sévère », qui peut compenser leur démission en matière d’éducation des enfants et sont enclines à contester la discipline que les enseignants imposent par l’action pédagogique. Certains d’entre eux ont osé amener des éducateurs devant les tribunaux.

Les enseignants. Comment parler de la violence à l’école sans relever que certains enseignants contribuent à l’alimenter. Ces enseignants qui sont heureusement minoritaires, instrumentalisent les élèves pour atteindre des objectifs personnels et corporatistes. Ils montent les élèves souvent contre des collègues ou contre l’administration. Cela donne l’impression aux élèves que face à tout différend à l’école, tous les moyens sont bons, même les plus violents : séquestration des personnes, incendie de biens, etc.

C’est donc autant de facteurs qui ont fait de l’école burkinabè d’aujourd’hui une poudrière. La situation commande de trouver au plus vite une solution.

L’institution scolaire ne peut être réhabilitée sans sanction

Antoine Prost disait dans un contexte où l’école connait des problèmes de discipline : « elle doit, pour fonctionner, commencer par créer les conditions qui rendent possible ce fonctionnement […]. En deçà de toute pédagogie, bonne ou mauvaise, l’enjeu est la possibilité d’une pédagogie, à la limite c’est une question de survie ». De l’histoire de l’éducation, une des choses qui fait l’unanimité, c’est la nécessité de sanction dans l’institution scolaire. Le principe minimal accepté étant : « il n’y a pas d’école sans discipline ». Voilà pourquoi, elle a besoin d’ordre. Pour avoir l’ordre, il faut surveiller et punir dans le sens de Foucault. L’ordre ne saurait effectivement être une réalité sans la mise en place de règles coercitives. Les règles dont il est question, sont les règles du vivre-ensemble, l’intelligence du respect des normes sociales, sinon des règles de la République. Cela suppose des dispositifs. Des dispositifs élaborés de façon participative et qui prennent en compte les intérêts des différents acteurs de l’éducation.

En se dotant de dispositifs adaptés et surtout en s’assurant que les contenus de ces dispositifs soient appliqués, l’institution scolaire fixe les limites des libertés de chacun. Ainsi, la loi décidée par tous ne peut être bafouée selon les désidératas de certains individus. Quiconque s’écartera de ces normes devait donc recevoir la sanction qui sied. La sanction ici n’est pas un acte de méchanceté, mais un acte qui vise à montrer à l’élève que le comportement qui fait l’objet de punition est un comportement contraire aux principes de vie de sa société d’appartenance. Socrate enseignait d’ailleurs que la punition est toujours préférable à l’impunité car elle libère l’âme de la méchanceté qui l’assaille. La sanction dans cette situation est une action éducative de haute portée qui protège et l’enfant et le maître car elle est une garantie contre l’irruption soudaine de la violence.

Zakaria Soré
sorefils@hotmail.fr

 


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