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DEVELOPPEMENT -ENERGIE


Source: economie.jeuneafrique.com, Publication: Fri 09 Jan 2015

Développer les énergies renouvelables : un impératif pour le continent africain


Développer les énergies renouvelables : un impératif pour le continent africain


Makhtar Diop est le vice-président de la Banque mondiale pour la Région Afrique. Dans cette tribune, l'économiste sénégalais rappelle l'urgence d'investir dans le développement des énergies renouvelables et dans le potentiel du continent africain en matière d'énergie. Puissent les leaders africains et internationaux réunis à Washington pour le sommet US-Africa entendre son appel.

Alors que chefs d’État, Premiers ministres et hommes d’affaires africains convergent vers Washington pour le premier sommet États-Unis-Afrique, une question sera au cœur des discussions avec le président Obama et ses équipes : le déficit énergétique du continent et la nécessité d'améliorer l'accès de tous les Africains à une électricité fiable et abordable.

Les chiffres sont éloquents : un Africain sur trois – soit 600 millions d’individus – n’a pas accès à l’électricité. C’est aussi le cas de pratiquement 10 millions de petites et moyennes entreprises. Les entreprises et les foyers qui ont la chance de bénéficier d'électricité doivent payer trois fois le prix du tarif appliqué aux États-Unis et en Europe sans être cependant à l'abri des pannes de courant qui font partie du quotidien. Celles-ci représentent en effet chaque année une perte chiffrée entre 1 et 4 % du PIB.

Potentiel

L’Afrique a beau disposer d’un des plus grands potentiels hydroélectriques et géothermiques au monde (la vallée du Rift en Éthiopie représentant à elle seule un potentiel de 10 à 15 gigawatts), et être dotée de réserves de gaz naturel considérables et d'abondantes ressources en matière d'énergie solaire et éolienne, ses capacités totales de production (Afrique du Sud incluse) n’excèdent pas 80 000 mégawatts (MW). C’est plus ou moins ce que produit l’Espagne ou la Corée du Sud!

Le continent entre dans sa 20e année consécutive de croissance et devrait, selon les prévisions de la Banque mondiale, poursuivre sur sa lancée, avec une progression du PIB de 4,7 % en 2014, puis de 5,1 % en 2015 et 2016.

Châteaux d'eau

Dans ces conditions, la question de l’approvisionnement électrique devient plus pressante que jamais : concrètement, pour répondre à une demande croissante, l’Afrique devrait produire chaque année 7 000 MW supplémentaires, alors qu’elle peine aujourd’hui à en générer plus de 1 000. Tout récemment, j'étais au Cameroun et en République démocratique du Congo (RDC) – les "châteaux d’eau" du continent.

Ces deux pays, avec la Guinée, l'Éthiopie et l'Ouganda, peuvent produire suffisamment d’énergie hydroélectrique pour satisfaire les besoins croissants du continent.

Sur place, j’ai vu à quelles fins cette énergie pouvait être utilisée, j’ai aussi vu qu’il y a des solutions à ce défi. Je me suis rendu sur le chantier du barrage hydroélectrique de Lom Pangar, sur le fleuve Sanaga, dans l’Est du Cameroun.

Une fois les travaux achevés et le réservoir rempli, d’ici un ou deux ans, ce nouveau barrage permettra d’améliorer la fiabilité de l’approvisionnement en électricité et d’en réduire le coût pour près de cinq millions de Camerounais.En régulant le débit de la Sanaga, le projet devrait aussi contribuer à exploiter le potentiel hydroélectrique du site, estimé au total à 6 000 MW.

En RDC, j’ai visité le barrage hydroélectrique d’Inga, sur le puissant fleuve Congo. On estime à 100 000 MW le potentiel hydroélectrique total du pays, ce qui le place au troisième rang mondial, derrière la Chine et la Russie. Pourtant cette ressource essentielle est exploitée à seulement 2,5% de sa capacité.

Le barrage d’Inga, d’une capacité de 40 000 MW, est le plus grand site de ce type au monde. Le développement durable d’Inga pourra en faire la source d’énergie renouvelable la moins chère d’Afrique (avec un coût de production estimé à 0,03 dollars le kilowatt-heure (kWh)) et de surcroit la plus propre (avec une empreinte carbone minime, voire nulle).

Un potentiel qui demande à être exploité

Comme les dirigeants africains ne manqueront sans doute pas de le signaler à leurs hôtes américains lors de leur rencontre, le potentiel hydroélectrique du continent a beau être immense, il est à peine exploité, autour de 8 %. Un taux sans commune mesure avec celui de l’Europe occidentale, qui utilise 85 % de ses ressources. Quel contraste !

C’est grâce à l’hydroélectricité que bon nombre de pays européens ont pu booster leur économie, ce qui leur a permis de relever les niveaux de vie, de stimuler la croissance et de promouvoir le développement dans leur région. Au même titre que l’Europe et le reste du monde, l’Afrique mérite la même opportunité de développer ses énergies renouvelables afin d’améliorer la qualité de vie de ses populations et de mieux partager la prospérité sur le continent. Mais bien entendu il ne suffit pas de construire de telles installations ... Il s'agit aussi de les connecter au marché. Les pays doivent collaborer au niveau régional pour bâtir les réseaux de transmission nécessaires.

Interconnexions

Dans le cadre de l’initiative d’Intégration régionale de la Banque mondiale, nous travaillons avec les dirigeants africains et leurs partenaires au développement pour créer des pôles énergétiques sous-régionaux, en Afrique de l’Est et de l’Ouest ainsi qu’en Afrique centrale et australe.

L’idée est que les pays excédentaires (grâce à leurs centrales géothermiques, à gaz, hydrauliques, solaires ou éoliennes) alimentent un réservoir commun. Leurs voisins moins bien lotis en matière de ressources énergétiques et de capacité de production peuvent alors bénéficier de cette approche intégrée pour fournir de l’électricité à leurs habitants. Il tient alors à chacun de ces pays d’éliminer les obstacles entravant ce type d'initiative régionale.


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