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Source: www.notre-planete.info, Publication: Thu 11 Jun 2015

Comment détecter si des fruits et légumes sont vraiment bio ?


Comment détecter si des fruits et légumes sont vraiment bio ?


COMMENT DÉTECTER SI DES FRUITS ET LÉGUMES SONT VRAIMENT BIO ?  

Les crises alimentaires de ces dernières années ont incité les consommateurs européens à se montrer vigilants quant à la sûreté et à l'origine des produits qu'ils consomment. L'engouement pour les produits issus de l'agriculture biologique, entre autres, traduit ce souci d'une alimentation saine, naturelle et certifiée. Mais comment distinguer, une fois mis sur le marché, un aliment issu de l'agriculture biologique d'un autre, produit avec des pesticides par l'agriculture conventionnelle ? C'est l'enjeu d'une étude menée par le Cirad sur la traçabilité de fruits selon une méthode d'analyse moléculaire microbienne globale, mise au point dans ses laboratoires.

Avec la multiplication des scandales alimentaires et les méfaits de "l'agro-business", les consommateurs sont de plus en plus sensibles à la qualité de leur alimentation. Ils recherchent des produits à la fois sains, naturels et certifiés : la cote des labels « agriculture biologique » ou « appellation d'origine contrôlée » ne cesse de grimper !

La réglementation européenne dans ce domaine s'est d'ailleurs renforcée. Elle impose aux industries alimentaires d'assurer la traçabilité et la sûreté des aliments. Mais pour répondre à ces réglementations, les professionnels de la chaîne alimentaire manquent de moyens fiables de contrôle, et la traçabilité se fonde principalement sur des données administratives. C'est pourquoi il est indispensable de développer des outils d'analyse des produits, qui permettent d'identifier leur origine et leur mode de production.

Les chercheurs du Cirad ont émis l'hypothèse que les traitements chimiques, en particulier fongicides[1], appliqués en agriculture conventionnelle modifiaient la flore microbienne des produits. En analysant cette flore, il serait donc possible d'identifier leur mode de production.

Pour tester cette hypothèse, les chercheurs ont comparé la diversité de la flore microbienne de fruits issus de l'agriculture biologique à celle de fruits produits en agriculture conventionnelle. « La méthode qui a été appliquée permet une comparaison qualitative des échantillons bio et conventionnels. Les analyses quantitatives sont en cours et montrent une légère différence entre les deux types de fruits analysés. Nous ne savons pas encore si cette différence est significative. » nous indique Céline Bigot[2], auteur de l'étude.

Les essais effectués sur des nectarines, des pêches, des pommes et des bananes sont tout à fait concluants. Ils démontrent qu'il est possible de différencier les fruits selon leur mode de production en comparant statistiquement leurs profils microbiens.

Les chercheurs ont aussi vérifié la fiabilité de cette méthode en comparant les résultats obtenus sur deux années de récolte successives pour les échantillons de pommes et de bananes. Ils ont également étudié l'effet de la position des fruits dans la parcelle et observé que les fruits peuvent être distingués en fonction de leur mode de production indépendamment de cette position. Les différences observées dans la microflore des fruits sont donc suffisamment importantes pour conclure qu'elles proviennent exclusivement des traitements appliqués au champ.

« Ces différences sont liées à la fois à la présence naturelle ou technologique des flores sur les fruits et à l'action des traitements appliqués sur ces produits incluant l'utilisation de pesticides mais également l'utilisation de fumier par exemple ou d'agent de lutte biologique, etc... » nous explique Céline Bigot.

Des différences bénéfiques pour la santé ?

Malheureusement, les chercheurs n'ont pas encore « étudié l'impact sur la qualité du produit ou sur la santé de l'homme. Les études à ce sujet sont nombreuses mais beaucoup se contredisent : à ce jour, il n'y a aucune preuve scientifique que les produits bio auraient un effet bénéfique sur la flore intestinale humaine. Il faudrait que des études comparatives soient menées sur le long terme pour le vérifier, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. » nous précise Céline Bigot. Cependant, « l'identification des microorganismes retrouvés sur les fruits bio étudiés montrent que certains d'entre eux peuvent altérer la conservation des fruits (aucun impact avéré pour la santé humaine). Ce qui suggère que ces fruits se conserveraient moins bien que leurs homologues conventionnels. » ajoute-t-elle.

Un moyen fiable de détecter les fraudes sur les produits biologiques ?

Si la chaîne de production et de distribution des produits biologiques est considérée comme sûre et rigoureuse dans des pays producteurs comme la France ou l'Allemagne, d'autres pays sont bien moins regardants sur les conditions de production et de certification.

Rappelons ainsi que pendant 5 ans (2006-2011), des milliers de tonnes de faux produits bio ont été écoulés dans neuf pays européens dont la France, avait révélé le journal Le Canard enchaîné, en août 2012. Des céréales et des fruits secs conventionnels étaient achetés en Roumanie et revendus quatre fois plus chers en tant que produits bio à l'aide de faux documents. Parmi les fraudeurs, cinq dirigeants italiens d'entreprises agroalimentaires et deux responsables d'organismes de certification censés contrôler la filière bio...

Pour éviter qu'une telle corruption n'entache toute une filière qui mobilise des acteurs engagés et responsables, la méthode d'analyse du Cirad pourrait la sécuriser. Ceci via la mise en place d'un outil d'analyse à la fois fiable, rapide et peu coûteux, qui permette de répondre aux attentes des professionnels de la chaîne alimentaire quant à la traçabilité et à la sûreté des produits.

« Ce dispositif d'analyse est à l'heure actuelle composé d'un ensemble d'équipement de laboratoire de recherche nécessitant du personnel formé à son utilisation. Il faut compter au moins 3 jours d'analyses pour obtenir des résultats pour un coût de quelques dizaines d'euros par échantillon. Cet outil pourrait, à terme, être à la base de la conception d'un outil diagnostic simple de terrain et abordable. Dans un futur proche, l'utilisation de nouvelles générations de séquenceurs pourraient apporter beaucoup d'informations nouvelles. » conclut Céline Bigot.

Notes
Pesticide dédié à la lutte contre les champignons et moisissures
Céline Bigot est doctorante en Microbiologie/Biologie Moléculaire dans l'agroalimentaire et en dernière année de thèse au sein de l'équipe 2 (Maîtrise des contaminants de la chaîne alimentaire) de l'UMR Qualisud du Cirad de Montpellier.
Référence
Bigot C., Meile J.C., Kapitan Gnimdu A., Montet D., 2015. Discriminating organic and conventional foods by analysis of their microbial ecology: An application on fruits - Food Control, 48 : 123-129. Doi : 10.1016/j.foodcont.2014.03.035

Source
Produits bio ou produits non bio : l'analyse de leur flore microbienne permet de trancher - CIRAD

Auteur
 Christophe Magdelaine / notre-planete.info - Tous droits réservés

Source : notre-planete.info, http://www.notre-planete.info/actualites/4286-detecter-produit-bio


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